ALLERGIE AU LATEX: UN PROBLÈME EN DEVENIR

 

INTRODUCTION

Connaissez-vous l’histoire de cette infirmière de 25 ans qui, ayant utilisé des gants pour son travail à l’urgence, doit passer par un traitement d’inhalothérapie avant de retourner chez elle ? Elle présente de l’asthme développé en milieu de travail. Il s’agit d’un cas parmi de nombreux autres que nous voyons de plus en plus. Quel est son avenir si elle ne peut, par exemple, travailler en salle de chirurgie à cause de l’utilisation des gants en latex par les autres professionnels de la santé. Que lui arrivera-t-il si elle doit subir une chirurgie elle-même dans un environnement où une partie importante des instruments sont à base de latex ?

Voici donc des questions importantes auxquelles il faut éventuellement répondre. Nous allons dans les prochaines lignes faire un tour d’horizon général sur ces questions.

SOURCE ET PHYSICO-CHIMIE 

Le caoutchouc est un polymère de l’isoprène (un hydrocarbure). On l’obtient à partir du latex d’hévéa ou d’autres sources botaniques. De nombreux additifs sont utilisés à différentes fins : agent de liaison, accélérateur de processus de vulcanisation, plastifiant, colorant, charge, anti-oxydant etc.

PRODUITS CONTENANT DU LATEX 

Le latex se retrouve dans près de 200 produits. Nous le retrouvons par exemple dans les équipements d’urgence (stéthoscope, gant disposable, tubulure intraveineuse, seringue, etc ; équipement de protection personnelle: masque chirurgical, respirateur, condom etc ; équipement de bureau : bande de caoutchouc, efface ; équipement d’hôpitaux : masque d’anesthésie, cathéter, etc; objets domestiques : pneus, tapis, soulier, ballon, suce pour enfant etc.

MANIFESTATIONS CLINIQUES 

Nous considérons 3 types de réaction.1-La dermite de contact allergique (habituellement une hypersensibilité de type IV i.e. retardée.) 2-L’allergie au latex de type hypersensibilité immédiate. Il s’agit du type de réaction qui produit le plus de risque à la santé. Les manifestations cliniques vont d’un érythème ou d’un urticaire ; en passant par des symptômes de rhinite ou d’asthme ; jusqu’au choc anaphylactique. Ce dernier type de réaction peut se rencontrer avec tout contact des muqueuses chez des personnes très sensibilisées e.g. lors d’un lavement baryté, utilisation de condoms, utilisation de gants dans une plaie chirurgicale. 3-Les patients peuvent présenter une dermite de contact irritative occasionnée par des additifs du latex ou le fait de porter des gants, ou de se laver fréquemment les mains. Le port de gants de latex durant un épisode de dermite aux mains peut augmenter l’exposition aux allergènes et le risque de développer une allergie.

EXPOSITION 

L’exposition au latex peut se faire par inhalation, ingestion ou contact cutanée. Certaines études ont démontré un niveau élevé de particules de latex dans les salles de chirurgie, les soins intensifs, les salles d’urgences, les cabinets de dentistes i.e. tout endroit où les gants sont utilisés à grande échelle. Par ailleurs, des milieux de travail où des gants sans poudre étaient utilisés seulement, démontraient des niveaux bas ou non détectables de protéines causant des allergies.

Lorsque des gants " poudrés " sont portés, il y a plus de protéines de latex qui peuvent atteindre la peau et les voies respiratoires. La poudre sert de véhicules aux allergènes qui pénètrent mieux et s’aérosolisent.

TRAVAILLEURS À RISQUE 

Les travailleurs à risque sont les professionnels de la santé utilisant des gants ou d’autres produits médicaux contenant du latex, surtout dans des endroits clos et mal ventilés. D’autres travailleurs utilisant des gants de latex moins fréquemment sont aussi à risques : policiers, ambulanciers, thanatologues, pompiers, peintres, gardiens, travailleurs alimentaires, personnel de maintenance. Les travailleurs de manufacture où est produit ou transformé le latex peuvent aussi être affectés. Les patients atopiques sont à un risque plus élevé de développer une allergie au latex.

PRÉVALENCE 

La prévalence dans certaines populations à risque est d’environ 5 à 10%. Un groupe d’étudiants en technique de laboratoire a démontré des niveaux de prévalence élevée de manière significative après un an. La prévalence chez des patients " non-exposés " est de 3%. Elle est de 7 à 15% chez les professionnnels de la santé. Elle atteint des niveaux de 18 à 64 % chez les patients porteurs de spina bifida à la suite de chirurgies multiples

AUGMENTATION DE LA PRÉVALENCE 

Les raisons invoquées pour expliquer l’augmentation des allergies au latex tounent autour de deux raisons. La première est un changement dans la production de caoutchouc. Les producteurs ont en effet accéléré la production afin de répondre à un accroissement du marché. L’autre raison est l’augmentation de l’exposition aux produits contenant du latex. Depuis plusieurs années des gants de latex sont utilisés afin de prévenir la transmission de maladies infectieuses dont le SIDA. Par ailleurs les méthodes diagnostiques se sont améliorées par la disponibilité d’allergènes depuis seulement quelques années

DIAGNOSTIC 

Le diagnostic repose d’abord et avant tout sur une histoire adéquate et complète. Un examen complètera cette histoire. Les patients présentant une histoire de type dermite de contact allergique auront un test épicutané  (Patch test). Les patients présentant des allergies de type immédiates auront un test cutané (Prick test). Il est possible de faire un test " Rast " dans le cas d’allergie immédiate s’il y a contre-indication à procéder à ces premiers tests. Les tests normalisés n’étant pas parfaits, il est parfois nécessaire de tester avec l’antigène spécifique après préparation/digestion des gants (en milieu spécialisé). Il y a des risques d’anaphylaxie lors de ces tests. Des tests de fonction respiratoire seront faits dans les cas d’asthme. Aucun de ces tests ne possède de valeur prédictive positive à 100%.

ÉVOLUTION 

Peu importe les manifestations initiales, les manifestations cliniques seront exacerbées au point de devenir dangereuses avec la progression de la sensibilisation allergique qui se produit par contact répété.La rhinite allergique au latex peut évoluer éventuellement en asthme. Par ailleurs, un urticaire local peut éventuellement évoluer en urticaire généralisé (angio-œdème).

PRÉVENTION ET TRAITEMENT 

La première mesure vise à diminuer ou éliminer l’exposition au latex. L’évitement total est nécessaire non seulement pour éviter des réactions dangereuses mais auusi pour éviter une progression da la sensibilisation. Il faut évidemment s’assurer que les mesures prises n’apportent pas plus de problèmes qu’elles ne résolvent. Notons d’emblée que les gants sont déjà une mesure de protection contre autre chose qui entrainent ses propres complications ! Le choix des substituts doit s’effectuer non seulement en milieu de travail mais dans le milieu de vie générale.

Les produits présentant le moins d’allergènes possibles devraient être utilisés e.g. la qualité des gants peut être en cause. Il est connu que certains types de gants génèrent plus de particules de latex que d’autres. Par ailleurs, les gants à base de poudre sont reconnus pour être plus allergisant.

Des mesures d’hygiène telles qu’une ventilation adéquate doivent être utilisées dans les endroits où des gants sont utilisés.

Le traitement administratif des cas reconnus d’allergie au latex doit être fait adéquatement. Les patients présentant des allergies au latex de type I ne devraient pas être exposé à des allergènes dans l’air. Cela limite beaucoup les postes de travail où ces travailleurs peuvent être réaffectés.

Pour ces travailleurs/patients atteints d’allergies au latex, d’autres mesures de prévention s’imposent :

Le traitement clinique dépend de plusieurs facteurs (site, gravité etc) et repose sur les interventions habituelles : monitoring, oxygène, antihistaminiques, adrénaline etc.

CONCLUSION 

L’allergie au latex constitue un danger en développement qui menace certains groupes de travailleurs dont les ressources dans le domaine de la santé. Cela constitue un défi de plus à relever dans le milieu où nous sommes.

Ce problème ne pourra être bien controlé sans l’implantation de mesures administratives, de politique de gestion et de législation (étiquetage).

 

SOURCE D’INFORMATION 

NIOSH Alert : Preventing Allergic Reaction to Natural Rober Latex in the Workplace 1997

Sussman G Gold M. Guidelines for the Management of Latex Allergies and Safe Latex Use in Healthcare Facilities CHA Press Ottawa 1996.

Kingsbury C. Le latex, un danger qui croît avec l’usage. Le clinicien, novembre 1998,

SUIVI

Il existe plusieurs sources d’information sur les allergies au latex, des guides pour les hôpitaux, guide de gants sans latex, etc. Ces ressources sont disponibles sur demande à Clintox @ sympatico.ca.

Nous avons présenté un aperçu général de ce problème. Nous invitons nos collègues intéressés à nous faire part de leurs commentaires, d’observations de cas ou d’outils d’interventions. Nous pourrions les inclure pour une mise à jour plus complète.

SERGE LECOURS MD, MPH, CSPQ, Dipl.(toxico)

Clinique de Toxicologie de Montréal

JEAN PARADIS MD, CSPQ, FRCP

Service d’allergologie, Pavillon St-Luc, Centre Hospitalier de l’Université de Montréal